voie verte de la ligne Caen Flers 2

En traversant le tunnel du Hom

Septembre 2014, le tunnel du Hom est ouvert, début de la poursuite de l'aventure vers Clécy.

Dans cette seconde partie de la voie verte de la suisse normande, nous reviendrons sur la gare de Thury Harcourt qui reprend du service.

Je vous propose une excursion vers Clécy dont la voie verte ouvrira en 2017.

Nous découvrirons la petite gare de Saint Rémy sur Orne qui gérait un trafic important de marchandises.

Clécy, village touristique de la suisse normande nous accueillera avec ses deux gares et son viaduc de la Lande.

Au bout du tunnel, Thury-Harcourt

Le tunnel du hom long de 153m légèrement tournant ouvre la porte de l'arrivée en gare de Thury Harcourt.

L'aménagement sera finalisé au printemps 2015, toutefois il est possible de rouler avec prudence sur la voie ferrée dont les traverses ont été recouvertes.

A noter la présence d'un bloc béton sur la voie avant l'entrée du tunnel qui empêche toute utilisation de la ligne pour le vélorail.

En sortie du tunnel se distingue sur la gauche l'ancienne halle à marchandises, un peu plus loin sur la droite une remise de stockage de l'association Acf puis les quais de la gare se déclinent de chaque coté.

C'est sur le quai que les voyageurs utilisaient pour prendre le train de Flers que vous rentrez en gare et pourrez profiter des aménagements réalisés pour votre confort.

L'abri de quai n'a pas encore été rénové, il le demanderait pour se préserver en cas de pluie.

En face se trouve la gare, type reconstruction comme celle de Mutrécy, Domfront et Mayenne.

A l'intérieur, on distinguait les guichets qui avait traversé le temps, le tableau horaire et de gros plafonniers.....une gare dans son jus qui en 2016 est devenue une halte snack agréable préservant son intérieur style 1970 pour la rareté aujourd'hui d'une telle rencontre.


Sur le quai de la gare, deux vieux lampadaires sont toujours là..... mais n'éclairent plus le quai depuis bien longtemps.

Le temps d'une gare

 

D'abord appelée gare de Croisilles-Harcourt lors ma mise en service en 1873, j'ai pris le nom de gare de Thury-Harcourt par la suite.

Il y eu les années folles, le temps des tourismes en suisse normande, des voyageurs qui remplissaient les quais le dimanche soir.

Il y eu l'arrivée de la SNCF puis la seconde guerre mondiale et la destruction de la gare en 1944.

Il y eu la reconstruction de la nouvelle gare en ce début des années 1950,  mais aussi le premier train après le rétablissement de la ligne en 1945.

Il y eu le dernier train de voyageurs dans la dernière période des trente glorieuses puis le dernier train de marchandises puis le dernier train touristique en 1993 et le silence......

Aujourd'hui le temps est venu que l'on reparle de moi, petite gare de la suisse normande. 

la boite à chaussures

Parfois, le passé vous attire comme un besoin de découvrir des secrets d'un autre temps.

J'aime les vieux greniers qui abritent le passé, même si ce n'est pas le mien.

Je ne sais pourquoi, j'ai décidé d'ouvrir la porte qui conduit à l'un de ces endroits, mais une chose est certaine, ce que j'y ai découvert m'a donné envie de faire partager l'histoire de la voie verte de la ligne Caen-Flers.

Cachée derrière des tas de cartons, une vieille boite à chaussures contenant des papiers oubliés depuis pratiquement 25ans.

Une vieille feuille jaunie, écrite à la main et quelques photos relatant un train, un certain 5 juin 1982.

En voici la lecture :

5 juin 1982, l'horloge de la gare de Caen indique 9h00, le haut parleur sur le quai C résonne : "le train spécial à destination de Flers va partir, ce train desservira les gare de Mutrécy, Grimbosq, Thury Harcourt, Saint Rémy, Clécy, Berjou et Condé sur Noireau, attention au départ".

Du haut de ma jeunesse, et fort de mes 16 ans, j'ai hâte de vivre cette intense journée qui doit nous mener à Flers.

Les portes des wagons claquent, le train est bondé de gens enthousiastes d'une si jolie sortie.

Lentement le train quitte la gare de Caen sous les applaudissements des accompagnateurs venus voir partir notre train.

L'émotion est grande, la cause est certaine et cela se ressent dans les regards des voyageurs de ce convoi particulier.

C'est parti pour la découverte.

J'assume et profite du plaisir d'y participer.

Dès les premiers passages à niveau, de nombreux curieux présents sur les bords de la voie saluent l'arrivée de ce train fantôme redevenu réalité l'espace d'un instant.

On passe Feuguerolles et ses carrières sans s'arrêter et pourtant que de monde sur son quai pour voir passer la locomotive diesel 67OOO et son convoi de 7 wagons.

L'atmosphère est des plus joyeuses, on chante, on rit et puis surtout on y croit à cette réouverture tellement attendu depuis 12 ans.

Le contrôleur passe....mais impossible de contrôler car trop de monde alors il se fait offrir une tasse de café que les anciens ont soigneusement préparé le matin même.

Le klaxon de notre train retenti de plus en plus souvent marqué par les chants de plus en plus fort dans notre wagon.

Je n'ai pas vu passer le temps, nous arrivons au passage à niveau N°9 et déjà notre train marque l'arrêt.

Je regarde par la vitre, il est indiqué Mutrécy, lieu de Guinguettes au bord de l'eau.

Nous marquons un cour arrêt, le temps de prendre quelques voyageurs, on s'arrêtera un plus longtemps au retour indique un cheminot.

Notre train repart, la voie s'encaisse, j’entends dire que nous roulons à 30 Km/h, tant mieux, on en déguste encore d'avantage le paysage.

De temps à autre se fait entendre des claquements par les fenêtres entr'ouverte, ce n'est que notre locomotive qui arrache des branches sur son passage sans gravité.

Mes voisins de route s'en amusent, prenez garde à ne pas vous pencher par les fenêtres ! 

Ils parlent d'aventure du à la faible utilisation de la ligne Caen-Flers habituellement.

Nous ne sommes pas dans la jungle mais du haut de mes 16 ans cette atmosphère me plait et me rempli d'émotion.

Deux petits viaducs se présentent, aussi agréable l'un que l'autre, le viaduc de Pouquet et de Sainte Anne.

Grimbosq, un ptit bonjour et voici le tunnel du hom, la gare de Thury-Harcourt avec un quai noir de monde, c'est la débandade, on respire et ne parle que de trains.

10 minutes d'arrêt indique le chef de quai tout fort, j'en profite pour sortir mon appareil photos tout neuf pour faire quelques clichés de ce moment unique dans une vie.

On roule à nouveau, traversant une vallée plus large, entrecoupant la rivière l'orne par le viaduc du Parc et le pont de la Mousse.

 A Saint Rémy, c'est drapeaux aux fenêtres que l'on nous attend avec impatience.

Tout ceci ressemble à une libération mais de quoi, j'avoue ne pas savoir....en ce moment si précieux.

De nombreux retraités relatent leur connaissance de la ligne et des trains de minerai de la petite gare de Saint Rémy.

Moi, je ne vois que deux wagons de marchandises sur une voie de desserte, et c'est seulement la seconde fois que j'aperçois depuis notre départ de Caen quelques wagons.

La gare ne me semble plus avoir l'importante de la représentation qu'ils en font et la ligne bien moribonde m'apporte une vision particulière de cet endroit aux voies abandonnées.

A Clécy, une surprise nous attend, le quai de la halte de la Serverie donne un avant goût de Folklore avec un orquestre et quelques beaux monsieurs habillés dans le style de la belle époque imposant des souvenirs d'un passé dont je n'ai pas mémoire.

C'est le pays du sport et de la détente qui fête à sa façon le retour du train.

Nous repartons après avoir marqué un arrêt qui a duré le temps d'un discours et de quelques danses.

En bout de quai, des enfants, mouchoir à la main signent un au revoir.

On s'attaque maintenant à la partie la plus dure de la ligne mais surement la plus belle dit un ancien mécanicien.

La voie est de plus en plus envahi de branchages, il faut dire que depuis le dernier train de minerai, il y a 4 ans, il ne passe guère de convois sur cette section de la ligne neutralisée m'alerte mon voisin.

Nous amorçons la rampe vers le viaduc de la lande, delta-planes, grimpeurs, touristes saluent le phénomène et nous, en un instant, nous sommes tous aux fenêtres pour leur renvoyer le bonjour.

Prudemment, à peine à 10km/h, notre train traverse le plus bel ouvrage d'art de la ligne, le viaduc de la Lande.

Nous avançons au pas pour marquer l'arrêt aux passages à niveau qui ne sont plus gardés depuis Saint Rémy.

A chaque arrêt, nos amis les cheminots sortent des wagons de tête avec un drapeau rouge pour protéger le passage du train.

Il en sera ainsi jusqu'à Berjou.

Après la gare de la Lande que nous passons au ralenti, notre train s'engouffre dans le tunnel des gouttes qui au regard de notre vitesse semble interminable.

Réputation faite, on entend des gouttes tomber sur notre wagon.

Il parait qu'il fait pratiquement 2kms de long rappelle mon voisin.

Sortant de l'obscurité, nous passons le viaduc des Bordeaux pour rentrer dans une nouvelle vallée, celle du Noireau.

C'est déjà la gare de Berjou, sur notre droite l'ancienne voie qui conduisait à Falaise et maintenant utilisé uniquement pour l'embranchement particulier de l'usine du Rocray nous montre l'importance passée de cette petite gare de correspondance qui ne voit plus qu'un maigre trafic de marchandises deux fois par semaine.

Sur le quai de cette gare qui semble se trouver au milieu de nul part, un agriculteur avec une citerne pleine de cidre attire beaucoup de monde.

La température monte depuis notre départ de Caen.

La chaleur est en rendez en ce début juin et la tentation de se rafraichir envahit nos pensés, alors pourquoi pas se laisser tenter par un petit verre.

Le sifflement retentit, tout le monde remonte dans les wagons, c'est l'ordre du départ.

Nous sommes en retard de 20mn sur l'horaire.

Sur le quai de la gare de Condé sur Noireau, le chef de gare attend avec quelques personnes l'arrivée de notre train.

Vers 11h, c'est chose faite.

Sur le quai, les cheminots se saluent, les pancartes pour le maintien de la ligne commencent à se montrer.

Le premier préparatif d'une après midi que l'on dit salutaire, parole des gens du pays !

La gare est ouverte, j'en profite pour découvrir l'univers de Monsieur Maurice Soyer, chef de gare.

Sur son bureau je distingue les quelques lignes d'un cahier d'activités, partie intégrante de son métier.

Une impression de musée, ou de gare hors du temps, je ne saurai exprimer mieux ma pensée en cet instant si fragile et pourtant si agréable.

La gare est trop petite pour accueillir tout le monde alors on fait la queue pour voir la salle des pas perdus.

En voiture, en voiture, crie notre chef de train, il est temps de reprendre notre route.

Nous passons la halte de Caligny ou quelques personnes sont venus saluer notre convoi qui roule plus vite depuis qu'il a quitté Condé sur Noireau.

Les impératifs des trains sur la ligne Paris-Granville nous font attendre près d'une heure à la bifurcation de Cerisy Belle Etoile à cause de notre retard.

Nous voilà arrivé à Flers, il est 12h45, pour une pause repas attendue car cet après midi, il faudra être volontaire en compagnie des cheminots de Flers pour défendre la ligne.

On discute et puis surtout on veut sensibiliser les gens qui se trouvent sur notre passage sur l'intérêt de la ligne Caen-Flers.

Des journalistes sont venus prendre la température du mouvement.

Il est 15h, on brandit les banderoles de la résurrection dans les rues de la ville.

L'impression que la foule est avec nous, nous pousse au bout de notre volonté, criant notre souhait du retour du train en suisse normande.

Fatigué et à la fois heureux d'une telle initiative, nous remontons dans le train pour le voyage retour.

Cette fois ci c'est sur, tout le monde est convaincu, ce n'est pas un adieu mais un au revoir.....

J'ai fait ce voyage il y a aujourd'hui une dizaine d'années, adolescent de 16 ans mais déjà engagé dans mes convictions de futur adulte.

Le temps a passé, la SNCF a abandonné la ligne, j'ai souhaité immortaliser par ces quelques écrits cette si belle expérience collective.

Je n'ai jamais oublié ces instants précieux, gardant au fond de mon armoire les histoires les plus intimes de la ligne Caen-Flers.

 

 

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